Une profession en péril : le cri d’alarme des forains de La Réunion
La scène avait des airs de réunion de crise. Plus de 50 commerçants forains s’étaient donné rendez-vous ce jeudi 14 mars, le regard inquiet, les voix empreintes de lassitude et de colère. Face à eux, Pierrick Robert, président de la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, entouré d’élus, tentait d’écouter et de comprendre. Car derrière chaque stand de marché, derrière chaque manège coloré, c’est tout un pan de l'économie locale qui vacille.
Ces artisans du marché vivent aujourd’hui une situation critique. Les menaces sont multiples : restrictions réglementaires, hausse des coûts, espace public rétréci. Autant de coups portés à une tradition qui, jusqu'à présent, semblait immuable. Jusqu'à quand pourrons-nous encore flâner dans les allées d’une foire locale, discuter avec un vendeur passionné, sentir l’odeur des épices locales ?
Un secteur en danger : les obstacles qui s’accumulent
Les forains ont toujours su s’adapter. Ils bougent de ville en ville, montent et démontent leurs étals, affrontent les aléas météorologiques. Mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement la pluie ou le vent qu’ils combattent.
D’un côté, il y a la bureaucratie. Des autorisations plus difficiles à obtenir, des normes toujours plus strictes qui transforment ce métier de liberté en un parcours du combattant. Ce que les forains dénoncent surtout, c’est le manque de considération de certaines municipalités qui, parfois, réduisent les espaces alloués ou imposent des frais rédhibitoires.
De l’autre côté, la pression économique est brutale. Le coût des emplacements grimpe, alors que le pouvoir d’achat des clients tend à diminuer. Comment survivre quand vendre devient un luxe ? Comment tenir quand, chaque mois, il faut jongler entre charges et incertitude ?
La concurrence des grandes surfaces et du commerce en ligne aggrave encore la situation. Aujourd’hui, pourquoi acheter sur un marché alors qu’en quelques clics, on peut tout commander, livré à domicile ? Or, ce que les forains apportent ne se trouve pas sur un écran : le lien humain, l’authenticité, le savoir-faire et la convivialité.
L’urgence d’une mobilisation : que faire pour sauver les forains ?
Face à ce constat alarmant, la réunion du 14 mars n’était pas seulement un cri du cœur, mais un appel à l’action. Il ne s’agit plus seulement de constater la difficulté, il faut maintenant agir.
Les premières pistes évoquées portent sur un dialogue renforcé avec les collectivités locales afin de garantir des emplacements accessibles et des réglementations adaptées. Mais cela suffira-t-il ? Les forains demandent aussi une véritable reconnaissance de leur rôle dans l'économie et la culture réunionnaise.
Et nous, habitants de La Réunion, quelle place leur donnons-nous dans notre quotidien ? Chaque achat fait sur un marché est un acte de soutien. Chaque visite à une foire est une manière de montrer que leur métier nous importe. Ce combat n'est pas uniquement le leur, il est aussi celui de tous ceux qui tiennent à cette atmosphère unique, à cette tradition qui fait partie de notre patrimoine.
Ne laissons pas s’éteindre ces lieux de vie. Ne transformons pas nos villes en déserts impersonnels où seules les enseignes standardisées survivent. Car une ville sans forains, c’est une ville sans âme.

