Une semaine réunionnaise entre mémoire, frissons et mirages

### Michel Fontaine, la mémoire d’une ville
Saint-Pierre, habituellement baignée de lumière et d’allégresse, a connu, ce lundi 31 mars, un silence inhabituel. Un silence qui flotte dans l’air comme un drap noir qu’on jette lentement sur une scène. La disparition de Michel Fontaine, maire emblématique de la commune, a plongé Saint-Pierre dans un moment de communion collective. Pas besoin d’aimer la politique pour sentir ce vide : c’est un peu comme perdre un pilier de la maison. Même si on ne parlait pas avec lui tous les jours, il était "là", une présence familière, presque rassurante, qu’on croisait ici ou là dans les rues ensoleillées du sud.
Durant l’hommage, c’est toute une génération qui semblait lui dire adieu. En tendant une oreille distraite dans les files d’attente ou les cafés, on entendait des souvenirs revenir, comme des galets ramenés par la marée : "Ti Michel i lé parti, ou koné li lé té touzour la pou défann nout’ ville…" Une émotion sincère, mêlée de respect. Son empreinte dans le développement de Saint-Pierre est indélébile, à l’image des fresques de rue qui marquent sans parler. Si vous aussi, vous avez connu Michel Fontaine, qu’est-ce qui vous avait marqué chez lui ?
Drogues, moustiques et poissons d’avril
Il y a des semaines où l’actualité vous attrape par la manche et ne vous lâche pas. Celle du 1er au 4 avril 2025 en fait assurément partie. D’abord, il y a ce clin d’œil savoureux au premier avril : François Bayrou ambassadeur de Burger King, annonce improbable… et fausse ! Un poisson d’avril bien empaqueté, preuve qu’un peu d’humour politique peut encore nous faire sourire. Après tout, entre "projet sociétal" et "frites dorées", il y a tout un monde, non ?
Mais très vite, le ton change. Dès le mercredi, c’est un véritable frisson qui traverse l’île : les douanes évoquent un "tsunami de cocaïne" à l’aéroport. L’expression peut faire sourire, mais la réalité derrière est loin d’être drôle. Imaginez une vague invisible qui s’abat sur notre île, avec ses ravages silencieux. Des passeurs, des filières organisées, et des vies détruites. L’image du lagon et des cocotiers vacille… Et vous, avez-vous déjà ressenti que La Réunion n’était plus un cocon si protégé ?
Le jeudi, une autre inquiétude envahit les discussions : le chikungunya revient, et pas timidement. Les moustiques, ces "petits vampires des tropiques", menacent de raviver une mémoire douloureuse, celle de 2006. À l’époque déjà, l’île s’était réveillée malade. Cette fois, le danger semble plus diffus, plus pernicieux. Les autorités sanitaires montent au front, mais chacun sent déjà cette fragilité sanitaire propre à notre territoire insulaire. Avez-vous pris les précautions nécessaires ? Vos enfants, vos proches, vos quartiers sont-ils protégés ?
Quand La Réunion regarde le monde… en souriant (ou presque)
Enfin, on ne pouvait pas clore cette semaine sans évoquer la note internationale. Donald Trump, dans un retour en fanfare médiatique, propose une taxe douanière de 37 % sur certains produits d’importation. Une mesure qui, portée par son verbe habituel (tonitruant et tranché), semble changer la donne aux États-Unis. Pourtant ici, à La Réunion, l’impact sera "quasi nul". Et c’est presque rassurant, quelque part. Comme si notre île, bien qu’attentive au monde, conservait un certain équilibre, une "distance salutaire" vis-à-vis des secousses mondiales.
C’est sans doute cela, aussi, vivre à La Réunion : sentir battre le cœur du monde, mais avec un filtre insulaire. Cette semaine, symboliquement, nous avons oscillé entre l’intime et l’international, le dramatique et le burlesque, la mémoire et la menace. Chaque info, même celle qui nous paraît anecdotique, comme celle de M. Bayrou au royaume des burgers, ramène à une question essentielle : quelle société voulons-nous bâtir ici, entre plage et volcan, traditions et modernité ?
Et vous, dans cette abondance d’infos, qu’est-ce qui vous a marqué ? Une peur ? Une émotion ? Une colère peut-être ? Parlons-en. Car c’est ensemble que nous donnons du sens à ces faits.
Cette semaine réunionnaise fut un concentré d’émotions. D’un hommage solennel au départ d’un homme politique marquant à une alerte sanitaire que nous espérions ne jamais revoir, en passant par une flambée du trafic de drogue préoccupante, chaque jour semblait tissé par des fils invisibles entre passé et futur, rires et larmes. Un peu comme un volcan au repos, La Réunion semble paisible en surface, mais bouillonne par moments. Et c’est bien là notre force : savoir rester debout, lucides et solidaires. N'oublions pas que face aux enjeux du monde, notre meilleur atout restera toujours notre capacité à faire front ensemble.

