Un lieu pour soigner autrement : quand l'écoute devient un médicament
Imaginez un endroit où l'on soigne sans piqûres ni prescriptions, un espace chaleureux au cœur d'une ville, où la parole apaise autant que les médicaments. Le 18 avril 2025, Saint-Pierre, joyau du Sud de La Réunion, a ouvert les portes de son tout premier tiers-lieu de santé. Ce n’est pas un hôpital, encore moins une clinique. C’est ailleurs, entre l’intime et le collectif, entre le médical et le social.
Sous l'impulsion de l'association Asetis, bien connue pour son engagement auprès des personnes atteintes de maladies graves, ce lieu propose un accompagnement inédit : écouter, soutenir, relier. Pour beaucoup à La Réunion, affronter un cancer, vivre avec le VIH ou la maladie de Parkinson signifie souvent isolement, peur et silence. Ce nouvel espace est un remède à ces maux invisibles, une réponse humaine et sensible à des souffrances souvent tues.
Et comme le sous-préfet Jean-Paul Normand l’a dit lors de l’inauguration, avec gravité mais espoir : « On soigne aussi avec le cœur et la parole ». Gérard Cotellon, directeur général de l’ARS, et le maire de Saint-Pierre, David Lorion, ont eux aussi salué une initiative que l’on pourrait presque qualifier de révolutionnaire : remettre l’humain au centre du parcours de soin. Ce lieu, c’est un peu comme une grande véranda ouverte sur la vie, où l’on entre pour trouver un peu de chaleur, un regard, une main tendue.
Une porte ouverte pour les oubliés du système de santé
Chacun connaît un proche, un voisin ou un collègue confronté à une maladie chronique. Ce sont des expériences longues, rudes, souvent silencieuses. Pourtant, derrière chaque diagnostic, il y a une vie chamboulée, des routines bouleversées, des projets figés. Le tiers-lieu de santé de Saint-Pierre veut justement répondre à ces dimensions-là, celles que les structures médicales classiques n’abordent pas suffisamment.
C’est un peu comme si on redonnait des ailes à celles et ceux que la maladie avait cloués au sol. Ici, on échange entre pairs, entre gens qui partagent les mêmes peurs, les mêmes douleurs, mais surtout une volonté commune de continuer à vivre. On y trouve des ateliers, des groupes de parole, des professionnels à l’écoute — psychologues, médiateurs, coachs — des gens qui tendent la main sans poser de diagnostic.
Prenons l’exemple de Sandrine, 38 ans, atteinte d’un cancer du sein. Elle raconte qu'à l’hôpital, elle recevait des soins techniques, précis, mais mécaniques. Ce qu’elle attendait, c’était un endroit où parler quand l’angoisse l’empêchait de dormir. Aujourd’hui, elle anime un atelier d’art-thérapie au tiers-lieu et affirme : « Ici, j’ai repris possession de ma vie ».
Ce lieu agit comme une respiration dans un quotidien oppressant, comme un jardin secret cultivé à plusieurs. Il ne remplace pas les hôpitaux, mais il les complète brillamment, apportant un supplément de sens, d’écoute et de lien social.
Une Réunion plus solidaire et plus humaine
Ce projet ne voit pas seulement le jour à Saint-Pierre, il fait germer une nouvelle vision de la santé pour toute La Réunion. C’est une invitation à imaginer des territoires où chaque malade devient aussi acteur de sa guérison, et non un simple dossier à traiter. Si ce premier tiers-lieu fonctionne, il pourrait bien inspirer d’autres communes de l’île. Et pourquoi pas un réseau de lieux de santé humaine, inspirés par les besoins réels, les histoires vécues, les visages derrière les pathologies.
Cela demande bien sûr du courage, de la confiance, mais aussi de passer d’un modèle vertical à un modèle horizontal. Ce que promeut Asetis ici, c’est une démocratie sanitaire au quotidien. Le malade n’est plus réduit à sa maladie ; il devient un individu à part entière, avec ses rêves, ses failles et ses forces.
Il existe un proverbe créole qui dit : « Fami lé douz, maladi lé salé ». Ce tiers-lieu, c’est cette douceur qu’on oppose à l’amertume de la maladie. Il prouve que même dans un système de santé en tension, l'humain peut encore, et toujours, faire la différence.
L’inauguration de ce tiers-lieu à Saint-Pierre n’est pas un point final, mais un commencement. Une promesse d’avenir pour toutes les personnes qui, dans le combat contre la maladie, cherchent plus qu’un traitement : un sens, une communauté, un cocon où l’on est regardé autrement. Ce lieu, c’est aussi notre affaire à tous. Il nous rappelle qu’en chacun de nous existe la capacité de prendre soin, d’être solidaire, d’écouter. Et qu’une société juste ne se mesure pas seulement à son PIB ou à ses infrastructures, mais à la place qu’elle accorde aux plus fragiles.

