Un cyclone, des ruines… et une volonté de rebond
Le 7 mai dernier, dans l’auditorium de la CINOR, un souffle bien différent de celui du cyclone Garance parcourait la salle : celui de la résilience économique. Réunis autour de Pierrick Robert, président de la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion (CCIR), et Maurice Gironcel, président de la CINOR, les acteurs économiques et institutionnels de l’île venaient porter un message clair : ne pas laisser les entreprises sinistrées au bord du chemin.
Car après la fureur du vent, viennent les ruines, et surtout, les questions concrètes : comment rouvrir quand tout a été détruit ? Comment garder les salariés quand la trésorerie est exsangue ? À l’image d’un agriculteur regardant ses champs noyés sous la boue, de nombreux commerçants, artisans et dirigeants d’entreprises ont vu s’effondrer, en quelques heures, les efforts de toute une vie.
Dans ce contexte, l’initiative portée par la CCIR et la CINOR fait figure de boussole sociale et économique. Elle cherche à identifier rapidement les besoins, à fédérer les énergies et à faire en sorte que La Réunion, île cyclonique dans sa géographie mais non dans son destin, reparte vite et mieux. Les instances présentes ont préféré l’action aux discours—et cela change tout.
Un plan d’action pour transformer l’urgence en opportunité
L’essentiel du plan d’action, bien que présenté de façon succincte, repose sur des mesures concrètes et ciblées. Il s’agit, avant tout, de permettre aux entreprises de reprendre leur souffle — pas dans six mois, mais maintenant. Il est notamment question de soutien administratif et technique, crucial pour naviguer dans la complexité des déclarations d’assurance ou des démarches de reconstruction.
Des allègements fiscaux, ou du moins des facilités temporaires, sont envisagés. Imaginons un restaurateur du centre-ville de Saint-Denis dont il ne reste que les murs. Sans étalement de charges, sa survie économique est condamnée. Et ce plan vise donc à faire sauter ces verrous, à mettre en œuvre une logique de solidarité économique au même titre que la solidarité humaine qui s’est exprimée pendant et après le cyclone.
Parallèlement, des aides directes, tant en trésorerie qu’en matériel, devraient être mobilisées. Rien de magique – il ne s’agit pas ici de promesses hors de portée – mais de lignes budgétaires ciblées, à la fois publiques et peut-être privées, pour permettre une vraie relance. C’est l’esprit du plan : faire simple, faire vite, faire utile.
Une alliance institutionnelle au service du tissu local
Au-delà des mesures concrètes, c’est la méthode qui mérite d’être saluée. Rares sont ces moments où les représentants économiques et politiques parlent d’une seule voix. Ce fut le cas le 7 mai. Aux côtés de la CCIR et de la CINOR, plusieurs élus locaux étaient présents. Ce n’est pas anodin.
Pourquoi ? Parce que l’une des clés de la réussite de ce plan tiendra dans sa mise en œuvre locale. Les collectivités sont en première ligne pour identifier les priorités, parce qu’elles connaissent leur territoire, leurs forces vives, leurs failles. Ce travail en synergie—entre institutions, entreprises, communes—peut être comparé à celui d’une équipe de secours en montagne : chacun a son rôle, mais tous doivent avancer ensemble.
Les sinistres n’ont pas touché tout le monde de la même manière, et c’est cette hétérogénéité des besoins que ce plan essaie d'embrasser. Une boutique de textile à Saint-Paul n’a pas les mêmes urgences qu’un artisan boulanger à Sainte-Suzanne ou une société de transport basée au Port. Et c’est en adaptant les dispositifs aux réalités du terrain que la relance sera non seulement rapide, mais juste.
À travers cette réponse coordonnée, se joue aussi une part de notre conception de l’avenir. Le cyclone Garance, à l’image des autres catastrophes climatiques, est venu nous rappeler l’urgence de repenser nos modèles économiques, nos vulnérabilités, nos façons de produire. Ce plan d’urgence peut devenir plus qu’un pansement : un point de départ pour renforcer durablement notre économie locale.
À l’heure où les routes sont encore jonchées de feuilles et où les coques des commerces témoignent du traumatisme récent, voir les institutions locales s’engager avec autant de détermination est un signe fort. La réponse de la CCIR et de la CINOR ne se contente pas de mots ; elle trace une route vers la relance, épaisse et solidaire, capable d’aider chaque entrepreneur à remettre son entreprise debout. En apportant ses bras et ses idées aux côtés des sinistrés, ce plan nous rappelle quelque chose de fondamental : à La Réunion, l'économie n’est pas un tableau d’Excel. C’est la vie des gens.

