La pêche en danger : ce cri que personne n’avait vu venir

Une mer sans avenir ? La pêche réunionnaise en détresse

La mer entoure La Réunion comme une promesse — de nourriture, de travail, de traditions. Mais cette promesse semble de plus en plus creuse pour ceux qui en vivent. Aujourd’hui, c’est un appel au secours que lance Gérard Zitte, l’une des figures du secteur de la pêche réunionnaise, en s’adressant directement au président de la République. Ce geste, à la fois solennel et désespéré, traduit l’état d’un secteur au bord de l’asphyxie.

À quoi reconnaît-on qu’un système est à bout ? Au silence des décideurs, à l’usure d’hommes et de femmes qui, tous les matins, partent en mer sans savoir s’ils y gagneront de quoi remplir leur frigo. À La Réunion, voilà des années que les pêcheurs tirent la sonnette d’alarme : manque de soutien, quotas inadaptés, difficulté d’accès aux carburants, concurrence déloyale, infrastructures vieillissantes… À force de crier dans le vide, Gérard Zitte a décidé de changer de décor : si le dialogue local est rompu, alors il faut s’adresser directement au chef de l’État.

Et vous, vous sentez-vous écoutés quand vous alertez sur ce qui ne va pas chez vous ? Cette histoire de pêche nous montre qu'au-delà des filets, c’est toute une communauté qui attend d’être prise au sérieux.
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Une lettre comme dernier espoir

La démarche de Gérard Zitte n’est pas qu’un symbole. Elle est une action concrète, administrative, officielle : une lettre envoyée au président Emmanuel Macron, dans laquelle il détaille les blocages, les attentes, les promesses non tenues. Ce n’est pas la première fois qu’un acteur du territoire s’adresse à Paris — mais c’est la première fois, depuis longtemps, que la voix de la mer cherche autant à percer le mur du silence.

Dans cette lettre, on ne trouve pas de grandes déclarations lyriques, mais des constats froids : les aides promises tardent ou n’arrivent jamais, les équipements de port restent insuffisants, et les jeunes, autrefois attirés par le métier de pêcheur, sont de moins en moins nombreux à monter sur les ponts. Peut-on vraiment leur en vouloir ? Partir en mer pour rentrer bredouille, ou vendre son poisson au prix le plus bas face à une concurrence étrangère plus armée… cela ne fait plus rêver.

Imaginez un bâtisseur sans ciment, un boulanger sans farine… Un pêcheur sans soutien, sans poissons dans ses filets ni reconnaissance de son travail, c’est tout aussi absurde. Et pourtant, c’est ce que vivent aujourd’hui ceux qui font vivre notre littoral.

Et vous, avez-vous déjà connu cette sensation d’être oublié par ceux qui devraient vous tendre la main ? Souffrir de l’indifférence est parfois plus douloureux que l'échec lui-même.

Redonner une voix à ceux de la mer

L’initiative de Gérard Zitte porte en elle un espoir : celui de réinscrire la pêche dans le débat national, comme un enjeu non pas périphérique, mais structurant pour les territoires ultramarins. On oublie trop souvent que ces métiers sont porteurs d’identité, de savoir-faire, et qu’ils participent aussi à la souveraineté alimentaire de notre île.

Nombreux sont ceux qui voient encore la pêche comme une activité folklorique, presque romantique — des hommes en ciré jaune, chantant sur les vagues. La réalité est tout autre. C’est un secteur en lutte pour sa survie, où l’on affronte les caprices du climat, les cours volatils, et les montagnes d’administration. Peu de salariés accepteraient de travailler dans de telles conditions aussi précaires… Mais les pêcheurs tiennent bon, par fierté, par amour du métier, et parce qu’ils savent que la mer fait partie d’eux.

Il est urgent que Paris, que Bruxelles, que tout le monde comprenne que sans un plan clair, ambitieux et adapté aux réalités locales, La Réunion perdra l’un de ses piliers économiques et culturels. Redonner leur voix aux pêcheurs, ce n’est pas leur faire la charité, c’est leur rendre justice.

Et vous, quand vous observez votre île changer, qu’aimeriez-vous sauver à tout prix ? Quelles traditions, quels métiers, quels liens intergénérationnels méritent qu’on se batte pour eux ?
Au-delà des lignes de la lettre envoyée au président, ce sont les lignes de la carte marine de notre avenir qui sont en jeu. La pêche réunionnaise n’est pas un reliquat du passé : elle fait vivre des familles, elle raconte notre histoire, elle nourrit notre présent. Il est temps que l’État cesse de penser que notre île peut se débrouiller seule, en marge des grandes décisions nationales. Sans actions concrètes, les filets resteront vides, et avec eux, les regards des hommes de la mer aussi. La solidarité ne devrait pas être une faveur mais un droit.

Jordan Payet
Jordan Payet
Fan de la pop culture, Jordan est un natif de l'île. Sudiste, il aime le canyoning et l'escalade

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