Quand l’indignation sonne creux : l’oubli des contrats PEC à La Réunion

## Des annonces ignorées… jusqu’à la catastrophe
Il y a des tragédies sociales qu’on voit venir au loin, comme une vague montante sur une plage vide. On l’observe. On s’en méfie. On reste pourtant immobile. La suppression progressive des contrats Parcours Emploi Compétences (PEC) fait tristement partie de ces vagues, dont les élus de La Réunion prétendent aujourd’hui être surpris… alors qu’ils en connaissaient la montée depuis des mois.
Ces contrats ne sont pas de simples dispositifs administratifs paresseusement nichés dans le millefeuille de la politique de l’emploi. Ils constituent une bouée de sauvetage pour des milliers de jeunes et de demandeurs d'emploi éloignés du monde du travail. Ils sont aussi une base stable pour des centaines d’associations locaux qui, à travers eux, font vivre le lien social, offrent une deuxième chance, une valorisation, un avenir.
Pourtant, l’annonce de leur baisse de financement était claire, noire sur blanc dans les embryons du projet de loi de finances. Il ne s’agissait pas d’un coup tombé du ciel. Pas de surprise, mais beaucoup d’oubli. Alors pourquoi cette indignation si bruyante aujourd’hui, une fois que le sol se dérobe ? Pourquoi ces cris, maintenant que les queues de contrat se raréfient et que les associations ferment la porte à des jeunes désorientés ?
Une réaction trop tardive pour éviter les naufrages
Dans les rues de Saint-Denis ou de Saint-Pierre, on connaît tous un jeune qui avait trouvé ses marques dans une association grâce à un contrat PEC – souvent sa première vraie expérience professionnelle. Une dame qui cuisine à la cantine d’un centre social, un gars qui gère les équipements au club de foot, une jeune animatrice scolaire qui se découvre une vocation… Ces parcours, on les croise, on les entend, on les voit réussir. Et maintenant, on les regarde disparaître.
Privées de cette ressource humaine et déjà à bout de souffle, les structures locales sont à genoux. Mais ce qui irrite plus encore dans cette affaire, c’est le moment choisi pour manifester sa colère. À quoi bon brandir le drapeau rouge après que le navire a coulé ? Le rôle d’un élu, ce n’est pas seulement de commenter la catastrophe. C’est d’en prévenir les causes, de hausser la voix quand il le faut et surtout, au bon moment.
Avec les outils à leur disposition — jouant parfois dans les couloirs du pouvoir parisien ou dans les allées locales — les élus pouvaient mobiliser, alerter l’opinion, même médiatiser le péril. Mais beaucoup n’ont rien fait. Ou si peu. Comme si la coupure des PEC n’allait concerner que de vagues chiffres dans un rapport de préfecture. Mais derrière les chiffres, il y a des visages. Des batailles quotidiennes. Des destins.
On pense souvent, à tort, que l’impact d’une décision budgétaire mettra des années à se faire sentir. Détrompez-vous. La baisse des PEC agit comme un couperet immédiat. Des contrats non renouvelés. Des porteurs de projets découragés. Des publics fragiles replongés dans l’isolement, l’ennui ou, pire encore, la désespérance.
Une responsabilité collective… défaillante
Ce gâchis social était-il inévitable ? Non. Il était évitable si la mobilisation avait précédé la colère. Mais dans le concert des priorités politiques, certains combats passent au second plan. Ces contrats, pourtant locaux et directement liés à la vie réelle des habitants, auraient mérité une défense bien plus vigoureuse.
Autre question : où étaient les relais d'opinion, les collectifs citoyens, les associations fédératrices à ce moment-là ? Là encore, on a souvent préféré attendre que la maison brûle pour crier au feu. Pourtant, dans un monde de plus en plus déconnecté, chaque dispositif qui alimente le contact, la solidarité et l’insertion devrait être sanctuarisé, pas sacrifié.
Il est encore possible — et peut-être même indispensable — que les citoyens eux-mêmes prennent le relais. Que chacun se demande : que puis-je faire pour que ce type de dérive n’arrive plus ? Peut-être en interpellant son maire, en écrivant à son député, en s’impliquant dans une association. Ne laissons pas les seules lamentations accompagner chaque recul social. Faisons du bruit avant que les démolisseurs n’arrivent.
Les contrats PEC n’étaient pas parfaits, mais ils fonctionnaient. Ils ne redessinaient pas la carte du chômage, mais ils tendaient des mains. On les a laissés s’éteindre faute de vigilance, de courage, de présence. Cela doit nous servir de leçon.
Face à la brutalité de certaines décisions politiques, la réaction ne doit pas être un réflexe tardif. Elle doit être une anticipation lucide. Cette affaire des PEC, c’est aussi l’histoire d’un désarmement silencieux — celui d’une classe politique locale à qui il incombe pourtant de faire front. Et maintenant ? Il nous reste à tirer les bonnes conclusions : protéger nos outils sociaux avant qu’ils ne deviennent des souvenirs.

