La mémoire d’un maire pas comme les autres
Michel Fontaine n’était pas qu’un élu. Il était une voix, une témérité, un ancrage. À Saint-Pierre, il n’était pas rare de le voir sur les chantiers au petit matin, main dans le dos, regardant loin comme si ce quartier qu’il connaissait par cœur allait encore lui révéler quelque chose. Pendant près d’un quart de siècle, il a façonné sa commune avec l’acharnement discret mais ferme des bâtisseurs. Et parmi ses héritages, ce n’est pas seulement le béton et les projets qui parlent, mais les valeurs qu’il a transmises.
Gaulliste convaincu, Michel Fontaine croyait en une France qui unit plutôt qu’elle ne divise, en une République qui tient parole jusque dans ses territoires éloignés. À La Réunion, cette conviction s’incarnait dans une bataille de longue haleine : la défense de la départementalisation, ce lien institutionnel vital entre l’île et la métropole. Non pas par soumission, mais par volonté d'égalité des droits, de dignité pour tous les Réunionnais.
Dans une époque où les convictions politiques s’effilochent au rythme des sondages, Michel Fontaine était, lui, de ceux qui tiennent la barre malgré les tempêtes. Pas un tribun tonitruant, non. Un homme de fond et de terrain, l’un de ces rares élus que les Saint-Pierrois pouvaient croiser sans rendez-vous. Et c’est peut-être cela, au fond, qui explique l’émotion collective qui secoue aujourd’hui La Réunion : la disparition d’un visage familier, d’un repère.
Héritage d’un combattant réunionnais
À l’image d’un artisan, Michel Fontaine a construit Saint-Pierre pierre après pierre. Ses années à la tête de la municipalité ne furent pas qu'une suite de mandats : elles furent celles d’un lent et patient tissage du lien social, économique, urbain. Il y a eu les écoles construites, les zones d’activités dynamisées, mais aussi le soin d’un quotidien mieux organisé, plus humain. Saint-Pierre n’est plus la même ville aujourd’hui — et cela, c’est aussi sa signature.
Il faut se souvenir qu’à bien des égards, Michel Fontaine a été un pont entre deux époques : celle d’une Réunion en transition vers la modernité, et celle d’une société toujours en quête de reconnaissance pleine et entière au sein de la République. Sa fidélité aux valeurs du général de Gaulle n’était pas que nostalgie : c’était, pour lui, une manière de rappeler que l’égalité n’est pas un slogan, mais un combat qui se mène dans l’ombre, dans les couloirs des institutions et sur le terrain.
On pourrait dire de lui qu’il était un « transmetteur de constance », dans un monde traversé de zapping et d’opinions changeantes. À une époque où certains se contentent d'effets de manche, Michel Fontaine séduisait moins par le style que par la solidité. Et cela, dans une île qui a longtemps souffert d’instabilité politique, est précieux.
Il a aussi su, malgré les tensions inhérentes à toute vie politique, construire des alliances, composer sans renier ses idéaux. C’est cette capacité à nourrir le débat politique sans l’enflammer à outrance qui manque déjà cruellement dans le paysage public.
Un vide à combler, un esprit à poursuivre
Aujourd’hui, la page est tournée. Mais les leçons qu’il laisse sont autant de boussoles pour l’avenir. Et si Michel Fontaine n'est plus, il nous enseigne encore — par l’exemple. Il nous dit que l’engagement local, celui de proximité, peut changer des vies. Il nous rappelle que la fidélité à des idées peut cohabiter avec le pragmatisme de l’action. Et il nous montre surtout que la politique peut encore être un service, non un métier.
Saint-Pierre et La Réunion perdent l’un de leurs piliers. Mais dans la tristesse, il y a aussi un appel. À chaque jeune engagé, à chaque citoyen soucieux de sa commune, cette disparition murmure : "À ton tour de prendre soin." Parce que le flambeau ne doit pas tomber. Toute flamme, pour continuer de briller, a besoin d’un souffle nouveau.
L’heure est peut-être venue pour La Réunion de relire son histoire récente à travers ce qu’elle doit à des hommes comme Michel Fontaine. De comprendre que si nous voulons devenir les auteurs de notre avenir, il nous faut aussi reconnaître ceux qui nous ont permis de croire qu’un autre chemin était possible.
Ces dernières années, alors que la défiance envers la classe politique s'installait, Michel Fontaine est resté debout. Ancré, sans être figé. Tourné vers demain, mais fidèle à ce qu’il croyait juste. En politique, c’est plus rare qu’on ne le pense.
En perdant Michel Fontaine, La Réunion perd bien plus qu’un maire ou qu’un élu. Elle perd un de ses fils les plus constants, un homme qui a cru jusqu’au bout à la promesse républicaine, et qui l’a portée, inlassablement, à travers ses fonctions. Il incarne cette ligne droite dans l’Histoire — un fil tendu entre les valeurs fondatrices et l’action résolue sur le terrain. Et s’il ne nous reste que des souvenirs, alors que ceux-ci soient des sources d’inspiration. Pour continuer son œuvre, il nous appartient de prendre à notre tour le relai, avec foi, avec cœur, comme lui l’a fait.

