Un hommage en pierre, pour Michel Fontaine
Il y a, dans la vie d'une ville, des gestes qui dépassent l’évidence politique ou protocolaire. Des gestes qui marquent une reconnaissance presque intime, une façon collective de dire "merci". À Saint-Pierre, c’est exactement ce qui s’est joué lors de la décision de baptiser la salle du conseil municipal au nom de Michel Fontaine. Une décision symbolique, oui, mais surtout profondément humaine.
Imaginez cette salle, théâtre des débats, des décisions difficiles, des engagements à long terme. C’est là que se forme, pierre à pierre, le quotidien des Saint-Pierrois. Lui donner le nom de Michel Fontaine, c’est comme inscrire dans la pierre un chapitre entier de l’histoire municipale. Et pas n’importe lequel : celui d’un maire dont la présence a habité les lieux pendant plus de deux décennies. Faut-il rappeler qu’il a été maire de la commune pendant 23 ans, de 2001 à 2024, laissant une empreinte que peu peuvent nier ?
Ce n’est donc pas seulement un nom sur une plaque. C’est une mémoire en action, un murmure permanent dans l’oreille des élus futurs. "Souviens-toi de celui qui a été ici avant toi". C’est fort, non ? Un geste qui soulève la question : comment choisit-on les figures qui méritent de traverser le temps par les noms qu’on donne aux lieux ?
Michel Fontaine : un homme, une vision
Pour comprendre la portée de cet hommage, il faut se pencher sur l’homme. Michel Fontaine, c’est un parcours aussi singulier que cohérent. Cardiologue de formation – et de passion – il incarne cette génération d’élus pour qui l’engagement politique est venu comme une extension de leur engagement humain. On soigne les corps, puis les villes. Il n’aura pas oublié cette logique du soin, tout au long de son mandat.
Sous sa responsabilité, Saint-Pierre a connu une transformation profonde, dans ses infrastructures, sa visibilité culturelle, son développement économique. Certains anciens vous diront qu’il a "sorti Saint-Pierre de son sommeil". Et que grâce à lui, la ville est devenue un pilier du sud de La Réunion, autant qu’un cœur battant d’initiatives.
Une comparaison me vient en tête : Fontaine, c’est un peu le maçon invisible. Celui dont on oublie la main une fois que le mur tient debout. Mais quand on revient, années plus tard, on comprend que sans lui, rien n’aurait tenu aussi longtemps et aussi droit.
Bien sûr, aucune carrière n’est jamais exempte de critiques. Et c’est justement ce qui rend cet hommage particulièrement fort. Il ne glorifie pas un homme parfait, mais bien un homme durable, dont les efforts ont eu une portée collective. C’est sans doute cela, au fond, la politique locale dans sa plus belle forme.
Une salle, des souvenirs, une promesse
Aujourd’hui, en entrant dans cette salle désormais baptisée Michel Fontaine, impossible de ne pas sentir une émotion. Car elle fige le temps tout en l’ouvrant vers demain. Elle raconte à ceux qui siègeront là la responsabilité qu'ils héritent, le poids léger mais réel d’une mémoire vivante.
Au fond, cela nous renvoie tous à une vérité simple : nous ne construisons rien seuls. Chaque décision municipale, chaque projet urbain, chaque soutien à une association locale, vient s'inscrire dans une filiation d’engagements humains. On ne fait pas ville comme on fait vitrine. On la tisse, on la discute, on la rêve à plusieurs.
Et vous, lecteur ou lectrice de cette chronique, avez sans doute croisé Michel Fontaine au détour d’un événement, d’une inauguration, d’une balade sur le front de mer. Peut-être même avez-vous échangé quelques mots, un regard, un salut. C’est ça, la politique de proximité à la réunionnaise. Une poignée de main, une écoute, un effort pour comprendre l’autre.
Et maintenant que son nom s’inscrit sur les murs du conseil municipal, on peut se demander : quels noms retiendrons-nous demain ? À qui d'autre offrirons-nous ce genre d'hommage ? Et surtout, comment construire une mémoire collective qui soit davantage qu’un exercice protocolaire ?
Baptiser la salle du conseil municipal de Saint-Pierre au nom de Michel Fontaine, c’est plus qu’un acte symbolique. C’est un miroir tendu à chaque citoyen : que retient-on des figures publiques ? Comment incarne-t-on, au fil des années, un projet de ville ? Ce geste dit avec force que les Hommes passent, mais que certains visages continuent de veiller. Et au fond, cela nous rappelle que l'engagement sincère finit toujours par laisser sa trace. Inspirons-nous de cela : non pas pour honorer le passé seulement, mais pour écrire l’avenir avec une conscience plus profonde de ce que bâtir ensemble signifie vraiment.

