Un samedi pour rêver de paix à Saint-Denis
Le 26 avril prochain, au rond-point de la Caserne Lambert à Saint-Denis, un petit miracle pourrait bien se produire. Organisé par le collectif Réunion Palestine, un rassemblement appelant à la démilitarisation de l'océan Indien donnera la parole à ceux qui, inlassablement, croient encore que la paix doit l’emporter sur la guerre.
Imaginez un instant : un lieu stratégique comme notre océan Indien débarrassé de ses bases militaires, de ses sous-marins, de ces avions de reconnaissance qui sillonnent nos cieux… Cela ressemble peut-être à une utopie ? Peut-être. Mais toutes les avancées humaines n’ont-elles pas commencé par des rêves un peu fous ? Lorsqu’en 1967, des pays de l'Amérique latine ont signé le Traité de Tlatelolco, créant une zone exempte d’armes nucléaires, combien pensaient que c'était réalisable ? Peu, et pourtant, ils l’ont fait.
C’est la même graine d’espoir que cherchent à planter ici les militants du collectif. Pourquoi rester spectateurs quand nous pourrions être les acteurs d’une région exemplaire, tournée vers l’harmonie plutôt que vers la confrontation ?
Le collectif Réunion Palestine : un appel au réveil des consciences
Depuis plusieurs mois, le collectif Réunion Palestine multiplie les actions pour rappeler que, au-delà des conflits visibles dans les médias, se joue une autre bataille, plus discrète mais tout aussi cruciale : celle de la militarisation accrue de l’océan Indien. Avec la recrudescence d'îlots militaires, aussi bien français qu’étrangers, la zone ressemble de plus en plus à un champ d’échiquier où les puissances déplacent leurs pions.
Mais à quoi bon accumuler des armes là où les peuples aspirent à vivre en sécurité et en liberté ? Où sont passés les rêves d'indépendance et de souveraineté qui animaient nos aînés ? À travers ce rassemblement, le collectif ne cherche pas seulement à protester. Il invite chacun d'entre nous à réfléchir : quelle île voulons-nous laisser en héritage à nos enfants ?
À La Réunion, nous avons une chance inestimable. Nous baignons dans un creuset de cultures, un carrefour d’échanges pacifiques. Ce patrimoine vivant doit-il être mis en péril pour des intérêts géopolitiques lointains ? À vous de décider, en soutenant ce type d’initiatives ou du moins en prêtant une oreille attentive à ces voix souvent étouffées.
Une "zone de paix" : rêve naïf ou projet visionnaire ?
Certains diront que demander une “zone de paix” dans l’océan Indien est, au mieux, adorable, au pire, totalement irréaliste. Mais laissez-moi vous raconter une histoire. En 1986, l’ensemble du Pacifique Sud — des États insulaires modestes aux grandes nations environnantes — a été officiellement déclaré Zone exempte d’armes nucléaires, grâce au Traité de Rarotonga. Ce n’était pas le fruit du hasard, mais celui de peuples décidés, courageux, qui avaient compris que leur survie, leur beauté naturelle, leur culture même dépendaient de la capacité à maintenir leur région loin des logiques de destruction.
Pourquoi pas nous ? Pourquoi l'océan Indien, que nous partageons avec des pays frères d'Afrique, d'Asie et du monde arabe, ne pourrait-il pas, lui aussi, être sanctuarisé ?
Bien sûr, le chemin sera long, semé d'embûches. Mais chaque pas compte. Chaque parole, chaque rassemblement, crée une onde qui, de fil en aiguille, peut changer la donne. Même ici, à des milliers de kilomètres des grandes capitales diplomatiques, nos voix peuvent porter, à condition d’y croire et de les élever ensemble.
Alors, le 26 avril, serons-nous nombreux à venir, non pas en spectateurs, mais en semeurs d’avenir ?
En définitive, La Réunion a une voix et un rôle à jouer bien au-delà de ses lagons et de ses montagnes. Refuser la surmilitarisation de notre océan, c’est défendre un certain art de vivre, une certaine idée du monde. Ce 26 avril, le collectif Réunion Palestine nous propose de rêver ensemble, mais aussi d’agir. Serez-vous au rendez-vous ? Venez partager vos idées, vos questionnements, vos espoirs. Car c’est ensemble que nous pourrons, peut-être, faire germer une île plus libre, dans un monde plus juste.

