Un cap difficile pour les hôpitaux de La Réunion
Imaginez un matin d’avril, déjà lourd de chaleur, où les salles d’attente débordent et où chaque couloir d’hôpital vibre de tension. À La Réunion, ce n’est pas une fiction. Depuis le vendredi 4 avril 2025, le CHU de La Réunion a activé ce que les professionnels appellent le “plan blanc” : un signal d'alerte rouge, l'équivalent hospitalier d’un état d’urgence.
À première vue, cela peut sembler administratif, presque banal. Et pourtant, cela traduit une réalité très humaine : le chikungunya est de retour, plus fort, plus invasif. Les médecins, les infirmiers, les urgentistes sont désormais mobilisés jour et nuit pour faire face à un afflux massif de patients, présentant des symptômes souvent douloureux : fièvre intense, douleurs articulaires paralysantes, fatigue chronique. On pourrait presque croire à une grippe tropicale, sauf que celle-ci cloue littéralement des familles entières au lit.
On l’avait presque oublié. Cette maladie virale transmise par les moustiques Aedes — déjà tristement célèbre pour le titre de "tigre" — refait de façon brutale surface. Le plan blanc, activé en temps de crise sanitaire, permet de rappeler du personnel, réorganiser les équipes, réaffecter des lits, retarder des opérations non urgentes, voire solliciter des renforts externes. Un peu comme si, face à une tempête, on barricadait portes et fenêtres en hâte, tout en appelant les voisins à l’aide.
Une crise qui dépasse les murs de l’hôpital
Ce qui se passe dans les couloirs du CHU de La Réunion dépasse les frontières blanches et silencieuses de l’établissement. Il faut imaginer une population déjà mise à rude épreuve par les précédentes épidémies, le COVID, la dengue, et maintenant un retour en force d’un virus qu’on croyait mieux dompté.
La situation actuelle rappelle les grandes flambées de 2006, lorsque près de 40 % des Réunionnais avaient été contaminés. Les anciens s’en souviennent encore : impossible d’oublier une maladie qui attaque les articulations comme une rouille s’attaquant aux charnières d’une porte, chaque mouvement devenant une épreuve douloureuse. C’est cette mémoire collective qui resurgit aujourd’hui, avec son lot d’inquiétudes.
Mais qu'est-ce qui a permis ce retour du chikungunya ? Les raisons sont multiples : conditions météorologiques favorables à la reproduction des moustiques, relâchement des gestes de prévention, manque d’immunité collective après plusieurs années de calme. Certains quartiers, notamment dans les bas de l’île, sont plus touchés que d’autres, confrontés à la prolifération des moustiques malgré les campagnes de démoustication.
Que ressentent les soignants ? Une médecin urgentiste nous confiait avec fatigue mais détermination : « Cela fait trois jours que je n’ai pas vu mes enfants. On tient, parce qu’on sait que dehors, des gens comptent sur nous. » Le virus ne frappe pas seulement les corps, il met à l’épreuve tout un système — et tout un peuple.
Nous, face à notre île en alerte
Face à cette crise, chacun d’entre nous peut agir. Bien sûr, nous ne sommes pas tous médecins ou infirmiers. Mais l’exemple des soignants peut nous inspirer. Agir à notre niveau, c’est déjà soulager nos hôpitaux. C’est éviter de se rendre aux urgences pour un simple doute, et plutôt appeler son médecin traitant. C’est aussi redoubler d’attention chez soi : vider les coupelles d’eau, jeter les vieux pots de fleurs, nettoyer les gouttières.
En somme, c’est reprendre le pouvoir sur ce que nous pouvons contrôler. Car chaque geste engagé contre le moustique est un souffle de moins pour le virus. Chaque gouttière nettoyée, c'est une chambre de moins occupée à l’hôpital. N’est-ce pas là une forme de solidarité ?
Et enfin, soyons vigilants les uns envers les autres. Dans les moments de crise, les plus vulnérables — personnes âgées, femmes enceintes, enfants — méritent plus que jamais notre attention. Prendre des nouvelles, proposer un coup de main pour emmener quelqu’un chez le médecin, partager des infos fiables. Ce sont de petites victoires humaines contre un ennemi invisible.
Face au chikungunya, La Réunion est en alerte. Le plan blanc, déjà en vigueur, témoigne d’une situation critique, mais pas désespérée. Car si l’épidémie exige des moyens exceptionnels, elle rappelle aussi notre capacité à nous mobiliser collectivement. Souvenons-nous que chaque crise sanitaire est aussi une épreuve de solidarité. Racontez-nous : comment vivez-vous cette période ? Avez-vous des anecdotes, des gestes de prévention simples à partager ? Votre expérience pourrait inspirer d’autres Réunionnais.

