Une orientation particulière des néo-bacheliers réunionnais : priorité aux BTS
Quand un jeune Réunionnais décroche son précieux baccalauréat, une question cruciale se pose : quelle voie emprunter pour la suite ? Alors que les trajectoires scolaires des lycéens en France peuvent sembler uniformes, une étude récente menée par l’Insee et le rectorat de La Réunion révèle une réalité singulière sur l’île. Les bacheliers réunionnais privilégient en majorité les Brevets de Technicien Supérieur (BTS), laissant de côté les longues études universitaires ou les départs vers l’Hexagone. Un choix pragmatique, certes, mais qui invite à réfléchir sur les raisons derrière cette tendance.
Pourquoi les BTS dominent le paysage post-bac à La Réunion ?
Le BTS, avec son format court et professionnalisant, semble taillé sur mesure pour une jeunesse réunionnaise qui cherche rapidement une insertion dans le marché local. En deux ans, ces formations permettent d’obtenir une qualification concrète, souvent en lien avec les besoins spécifiques de l’économie insulaire : tourisme, hôtellerie, commerce ou encore gestion. C’est un peu comme choisir un chemin moins sinueux mais plus direct pour arriver à son but.
À quoi bon, se disent certains, s’engager dans des études longues à l’université – parfois au prix d’un éloignement familial – quand l’économie locale offre peu de débouchés pour des diplômés d’études supérieures complexes, hors domaines spécialisés ? Choisir un BTS rime avec proximité, rapidité, mais aussi adaptabilité.
Prenons l’exemple d’Élodie, 19 ans, fraîchement diplômée d’un bac pro tourisme. Elle rêve de travailler dans une agence de voyages. "Faire un BTS tourisme était une évidence ! Les cours sont concrets et en deux ans j’aurai les compétences nécessaires pour décrocher un premier emploi à La Réunion", confie-t-elle. Elle souligne également un détail important : des frais de scolarité bien moindres comparés à des études à distance ou en métropole.
Rester sur l’île : choix ou nécessité ?
Un autre fait marquant de l’étude, mais qui suscite davantage de questions, est le faible pourcentage de jeunes quittant La Réunion pour leurs études. Contrairement à d’autres départements ou régions, partir en métropole n’est pas une option prisée. Une multitude de facteurs économiques, sociaux et culturels expliquent ce phénomène.
Quitter l’île peut en effet paraître insurmontable pour beaucoup. Le billet d’avion est coûteux. La vie dans l’Hexagone l’est encore plus, surtout lorsqu’on débarque d’un territoire où les réalités économiques ne facilitent pas l’accès à un budget étudiant confortable. Mais au-delà des questions financières, il y a aussi un aspect affectif profond. Pour de nombreuses familles réunionnaises, le lien familial et culturel est une ancre difficile à délaisser. Le mal du pays n’est pas une simple idée abstraite. C’est un sentiment bien réel.
Laurent, ancien étudiant en métropole, raconte : "Je suis parti à Lyon pour mes études. Mais je passais mes soirées à regarder des vidéos de l’océan et à penser au rougail saucisse de ma mère. Ça m’a affecté plus que je ne l’imaginais. Finalement, je suis rentré pour finir mon BTS par correspondance." Une anecdote parmi tant d’autres révélant que l’exil étudiant, même temporaire, n’est pas sans douleur.
Enfin, il ne faut pas négliger l’offre éducative de l’île, qui s’est progressivement étoffée. L’Université de La Réunion, les différents centres de formation et les lycées proposant des BTS forment une filière locale suffisamment solide pour dissuader certains jeunes de partir.
Ainsi, ce choix massif des BTS et la faible mobilité vers l’Hexagone ne sont pas de simples coïncidences. Ces orientations traduisent un mélange d’économies d’effort, de rationalité et d’attachement à la terre natale**. Cela dit, cette particularité appelle aussi à un débat plus large : se contenter d’offrir des solutions locales est-il suffisant pour garantir l’avenir des jeunes Réunionnais sur une île où les perspectives d'emploi restent limitées ? Développer des partenariats ou renforcer des ponts entre La Réunion et la métropole pourrait permettre d’allier modernité et enracinement. Après tout, l’enjeu n’est pas seulement de former ici, mais aussi de rêver au-delà d’un horizon insulaire – sans avoir à sacrifier son identité culturelle ni son confort de vie.**

