Une transition à la tête d'Ileva : l'héritage d'un homme, la promesse d’un autre
Le nom de Michel Fontaine résonne encore avec force dans le sud et l’ouest de La Réunion. Homme d’engagement, bâtisseur opiniâtre, il aura longtemps incarné cette volonté inébranlable de mieux gérer nos déchets, de mieux penser l’avenir environnemental de nos microrégions. Sa disparition laisse un vide. Pas seulement politique, mais aussi dans le quotidien silencieux de celles et ceux qui savent combien la gestion des déchets est plus qu’un simple dossier technique : c’est une affaire de société, d’avenir, de territoire.
Le vendredi 18 avril 2025, au siège d’Ileva, c’est un passage de relais qui s’est joué, empreint d’émotion mais aussi de responsabilité. Mohammad Omarjee, homme politique discret mais respecté, a été élu à la tête d’Ileva. C’est lui désormais qui tiendra la barre de ce syndicat mixte essentiel à nos collectivités. Dans la salle, les regards étaient pleins d’attente – sinon de signes – d’une volonté de maintenir le cap.
Omarjee n’est pas un inconnu. Mais cette présidence marque un tournant. Le passage d’une ère à une autre, sur fond de défis environnementaux pressants. Nous connaissons tous cette montée de sacs-poubelles jonchant les trottoirs après un week-end prolongé, ce centre d’enfouissement qu’on aimerait voir fermer, ces bacs à compost qui tardent à devenir culture.
Alors, la question que vous vous posez peut-être, la question que nous devrions tous nous poser : qu’attend-on d’un président de syndicat des déchets à La Réunion ? Et que peut-on espérer ?
Une tâche aussi technique qu'humainement cruciale
Dans l’imaginaire collectif, la gestion des déchets évoque souvent une routine grise : ramassage, tri sélectif, incinérateur ou décharge. Et pourtant, parler d’Ileva, c’est parler d’un enjeu concret de développement durable. C’est aussi faire appel à notre sens des responsabilités communes.
Imaginez : chaque jour, votre foyer produit entre 1,3 et 1,5 kg de déchets ménagers. Multipliez cela par les centaines de milliers d’habitants du sud et de l’ouest de l’île. Où vont ces déchets ? Qui décide de leur traitement ? Qui en mesure l’impact environnemental, sanitaire, économique ? C’est ici qu’intervient Ileva.
Sous la présidence de Michel Fontaine, Ileva avait franchi des étapes importantes : de nouveaux modes de tri, des campagnes de pédagogie pubilque, une modernisation progressive des centres de traitement. Mais la tâche est loin d’être finie. Les défis sont multiples : réduire le volume d’enfouissement, atteindre des objectifs ambitieux de valorisation énergétique, sensibiliser durablement la population, anticiper l’explosion des plastiques à usage unique, etc.
Et c’est tout cela, ce poids hérité, cet élan à poursuivre, que Mohammad Omarjee doit désormais porter. Avec son style à lui. Plus sobre, mais peut-être plus collaboratif. Plus proche des communes rurales souvent oubliées, de ces habitants qui ne trient pas par indifférence mais par manque d’informations ou d’accès aux bacs adaptés.
Et vous, comment gérez-vous vos déchets au quotidien ? Vous est-il déjà arrivé de vous demander ce qu’il advient de votre poubelle noire une fois sortie sur le trottoir ?
Continuité, responsabilité et espoirs partagés
Parfois, un changement de présidence n’est qu’une formalité. Ici, il s’agit d’un moment-charnière. Ileva ne peut pas simplement continuer comme avant. L’île change, les attentes citoyennes croissent, les contraintes climatiques se font plus exigeantes.
Omarjee doit faire preuve d'audace et trouver dans la mémoire de Michel Fontaine non pas un fardeau, mais un levier. Il ne s’agit pas de devenir un "nouveau Michel Fontaine", mais de construire avec les bases solides qu’il a laissées, en rendant Ileva plus agile, plus visionnaire.
L’enjeu est aussi politique au sens noble du terme : redonner confiance, faire de la gouvernance des déchets un acte visible, transparent, coconstruit. Pourquoi ne pas imaginer des assemblées citoyennes locales, mobilisant les habitants autour de projets concrets comme le compostage partagé ou la réduction des emballages à la source ?
Omarjee, s’il sait s’entourer, pourrait bien incarner cette nouvelle manière de faire : moins de grands discours, plus de réalisations locales et visibles. Un composteur de quartier, c’est parfois plus précieux qu’un plan quinquennal.
Et vous, que feriez-vous si vous étiez président d’Ileva pour un jour ? Mettriez-vous la priorité sur le traitement, la prévention ou l’innovation ?
La nomination de Mohammad Omarjee à la tête d’Ileva n’est pas qu’un simple changement d’étiquette. C’est une invitation à regarder autrement les enjeux de gestion des déchets à La Réunion. Loin d’être un sujet mineur, ce passage de témoin illustre une nécessité : celle de faire de chaque geste quotidien un pas vers un territoire plus propre, plus résilient, plus solidaire. C’est maintenant, avec vous et pour vous, que tout commence.

