Un flambeau pour la mémoire : quand des collégiens réunionnais rallument la flamme sous l’Arc de Triomphe

## Une jeunesse péi face à l’Histoire
Ce serait facile de dire que ce n’est “qu’un projet scolaire”. Une sorte d'exercice de fin d’année, un devoir noté comme un autre. Mais non. Ce que viennent de réaliser ces élèves du collège des Deux Canons à Saint-Denis, c’est bien plus qu’un travail de classe. C’est un acte de mémoire, une aventure, un symbole.
Imaginez : à quelques milliers de kilomètres de Paris, dans une île où l’humidité tropicale remplace les pavés gris de la capitale, des adolescents passionnés se penchent sur des archives, interviewent des anciens, rencontrent des historiens, rédigent un livret, rédigent un scénario, filment. Le passé prend vie. La guerre de 39-45, trop souvent perçue comme une affaire de “métropole”, devient soudain Réunionnaise, vivante, proche.
Le documentaire qu’ils ont réalisé, accompagné d’un fascicule d’une trentaine de pages, est le fruit d’un long travail collectif. Un travail minutieux, intelligent, profondément respectueux. On y raconte non seulement l’Histoire, mais les petites histoires, celles des familles, des résistants oubliés, des Réunionnais qui se sont engagés malgré l’oubli de leur île.
Et ils ne sont pas restés invisibles, ces jeunes. Leurs efforts ont été repérés bien au-delà de l’île. La récompense ? Une invitation exceptionnelle : ils seront présents le 8 mai 2025 à Paris, pour le ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe.
De La Réunion à Paris : un pont de mémoire et de fierté
Certains n’iront jamais à Paris. D’autres ne verront jamais l’Arc de Triomphe. Mais eux, ils y seront. Pas en simples touristes émerveillés, mais comme gardiens de mémoire, comme représentants de notre Histoire collective. Ils ne viennent pas assister à une cérémonie, ils en deviennent acteurs.
À leur manière, ces collégiens suivent les pas des combattants de la France libre, ceux qui, depuis notre île, ont embarqué sur de vieux navires, traversé les océans, affronté la guerre au nom de valeurs universelles. Ces enfants, qui portent aujourd’hui des baskets colorés et des smartphones, se glissent dans les empreintes d’une autre époque, avec pudeur et intelligence.
Ce que ce projet nous rappelle, c’est que notre jeunesse n’est pas en train de “perdre pied” ou de “se déconnecter”. Non. Elle est capable de regarder l’Histoire en face, de s’en emparer, de lui donner sens. Elle est capable de poser des questions dérangeantes, de comprendre la complexité, de ressentir aussi.
Et surtout, elle est capable de nous faire réfléchir, nous autres adultes si prompts à déplorer sans agir. Que fait-on de notre mémoire collective ? Que racontons-nous à nos enfants du courage, de l’engagement, du prix de la liberté ? Ce sont ces jeunes qui nous rappellent, avec fraîcheur, que la mémoire ne se transmet pas uniquement par les livres ou les leçons : elle se vit, elle s’écrit, elle se filme.
Un exemple inspirant pour toute La Réunion
Ce projet aurait pu rester discret. Il aurait pu ne pas quitter les murs du collège, être salué aux conseils de classe, puis rangé sur une étagère. Mais non. Il est devenu un pont symbolique entre La Réunion et la Nation, un pont que ces adolescents traverseront fièrement en mai 2025.
Leur voyage à Paris n’est pas celui d’une récompense, mais la suite logique d’un travail bâti sur l’engagement et la passion. Comme on rallume chaque soir cette flamme sacrée en hommage aux soldats inconnus, ces jeunes viennent eux aussi raviver une lumière parfois vacillante : celle de la mémoire réunionnaise intégrée pleinement dans le récit français.
Et si leur initiative pouvait devenir un modèle ? Si d’autres collèges prenaient ce relais ? Si d’autres voix jeunes, venues de Mafate, de Saint-Pierre, de Salazie, racontaient leur lecture de l’Histoire, avec leurs mots et leur style ? On aurait alors non plus un projet unique, mais une île tout entière tendant la main à la mémoire.
Il ne s'agit pas ici de grands discours politiques, ni de cérémonies figées. Il s'agit de vie, de transmission, d'émotion vraie. Et surtout, d’une fierté : celle de voir notre jeunesse porter haut les couleurs d’une île engagée, courageuse, lucide. Une île qui connaît le poids de l’exil, mais aussi celui de l’honneur.
Ce que ces collégiens ont accompli est bien plus qu’un devoir d’histoire. Ils ont prouvé que notre jeunesse réunionnaise peut, par son intelligence, sa curiosité et sa sensibilité, nourrir la mémoire de toute une nation. En réalisant leur court-métrage et leur fascicule, c’est un flambeau qu’ils ont forgé–pas seulement pour la cérémonie du 8 mai, mais pour tous ceux qui ont besoin de se rappeler, de comprendre, d’apprendre. Alors oui, on peut être fiers. Car au-delà des dates et des noms, c’est une promesse d’avenir qu’ils ravivent, sous ce monument parisien où brûle, chaque soir, une flamme que la mer n’éteint jamais.

