Un remake tant espéré, entre désert et mirages
Il fut un temps où le sable s’écoulait plus vite que les promesses des éditeurs. En 2020, Ubisoft annonçait avec tambours et fanfare le remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, un classique du jeu vidéo sorti originellement en 2003. Pour ceux qui s’en souviennent — et ils sont nombreux —, ce jeu représentait une révolution dans les mécaniques de plateforme, grâce notamment à la possibilité de remonter le temps, une idée aussi géniale qu’iconique.
Mais au fil des mois, ce rêve de gamer s’est transformé en mirage, à mesure que les nouvelles disparaissaient et que les rares images diffusées suscitaient davantage de craintes que d’enthousiasme. Des graphismes décevants, un gameplay rigide, une absence d’âme… Résultat ? En 2022, Ubisoft confiait le projet à un autre studio, tirant un trait sur le travail initial et renvoyant le prince à son long exil numérique.
C’est donc avec un certain mélange de soulagement et d’impatience que les fans ont accueilli l’annonce récente : non, le remake n’est pas mort. Il continue d’exister dans l’ombre des studios montréalais d’Ubisoft. Il avance, doucement, modestement, mais avec une humilité nouvelle. À défaut de sable, c’est plutôt de granite que se forge la patience des joueurs.
Un chantier radicalement repris à zéro
Tout a été remis à plat, comme pour effacer les erreurs du passé. Ce remake, confié d’abord à des studios indiens (Ubisoft Pune et Mumbai), avait été sévèrement critiqué dès ses premières images. La direction artistique manquait de rigueur, les animations datées juraient avec les standards actuels, et les joueurs avaient perçu, à juste titre, une tentative bien trop frileuse de ressusciter un monument du jeu vidéo. Il y avait quelque chose de tragique à voir un héros du sablier marcher ainsi sur des sables mouvants.
C’est à Ubisoft Montréal, berceau historique de la franchise, qu’incombe désormais la tâche de raviver la flamme. Et cette fois, il ne s’agit plus d’un simple lifting, mais d’une reconstruction intégrale : gameplay, narration, direction artistique… Tout est repensé. Appuyé par des retours de la communauté, le studio parle d’une approche « fidèle mais modernisée », lui conférant un équilibre subtil entre respect de l’œuvre originale et innovation technique.
Imaginez un sculpteur reprenant un marbre fissuré. Plutôt que de réparer à la hâte, il préfère briser le tout, polir de nouveau et faire naître autre chose sur la base de l’émotion d’origine. C’est ce que semble faire Ubisoft Montréal : retrouver l’esprit de 2003, mais lui offrir un costume digne de 2025.
Une absence qui interroge, une attente qui soude
Il faut s’y résoudre : le jeu ne sortira pas en 2024. Ce remake n’apparaît pas dans le catalogue de l’année en cours d’Ubisoft, preuve qu’aucune date de sortie n’est même envisagée pour l’instant. Pour une œuvre annoncée il y a déjà quatre ans, voilà qui peut paraître décourageant. Et pourtant, dans cet intervalle, Ubisoft a su redonner un peu de crédit aux aventures du prince, avec la sortie récente de Prince of Persia : The Lost Crown, accueillie de façon très positive.
Cette attente forcée ne signe pas pour autant la détresse des fans. Elle devient, au contraire, un vecteur de cohésion. Sur les forums, dans les commentaires de vidéos ou sur Discord, il existe aujourd’hui une petite communauté déterminée à surveiller chacun des grains de cette horloge en reconstruction. Ubisoft ne s’y trompe pas et joue la carte de la transparence et de l'écoute : les développeurs maintiennent le lien avec la base de joueurs, partageant de temps à autre de petites bribes d’avancement.
Au fond, l’attente crée du lien. Comme ces familles réunionnaises séparées par la mer, qui vivent au rythme des appels et des messages, et que le temps rend plus soudées encore, les fans de Prince of Persia vivent ce remake comme une promesse de retrouvailles. Tardives, mais grandioses.
Nous sommes donc fixés : Prince of Persia : Les Sables du Temps renaîtra… mais pas avant plusieurs saisons encore. Cela pourrait être en 2025, peut-être plus tard. Ce qui semblait être un naufrage est devenu un chantier méticuleux, entre les bonnes mains d’un studio expérimenté. Les raisons du silence, désormais comprises, laissent la place à l’espoir : celui de voir un jeu culte revenir non pas avec nostalgie, mais avec grâce et puissance. Ubisoft Montréal a le défi de recréer la magie, et nous, joueurs et joueuses, avons le rôle d’y croire encore.

