La solidarité en action : un kabar pour venir en aide à Mayotte

## Une île tend la main à une autre, quand la tempête frappe
Dans l’histoire des îles de l’océan Indien, il y a une constante : la solidarité, forgée par un destin partagé entre vents violents, lagons bleus et défis communs. Le samedi 18 janvier 2024, cet esprit d’entraide a pris la forme d’un événement vibrant et généreux : le Kabar Solidarité, organisé à Saint-Paul, au parc Expobat, pour soutenir Mayotte.
Tout est parti d’un cri du cœur. Lorsque le cyclone Chido a frappé les côtes mahoraises avec toute sa puissance, laissant dans son sillage des maisons détruites, des familles démunies et des cœurs lourds, la Réunion n’a pas hésité. "Comment pouvons-nous aider ?", telle était la question dans l’air, dans les rues, dans les maisons. La réponse ? Une mobilisation rapide sous l’impulsion de l’association Ankraké, déjà connue pour son engagement sur le terrain.
Mais qu’est-ce qu’un kabar ? Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un rassemblement festif traditionnel réunionnais, où chants, danses et partages incarnent l’âme même de l’île. Imaginez un espace où le battement des tambours se mêle aux voix émues des artistes, un lieu où l’on se réunit en cercle pour célébrer, mais aussi pour rassembler des forces, des idées et des dons. À Saint-Paul ce jour-là, le kabar a démontré une fois de plus qu’il est bien plus qu’une simple fête : c’est un acte de résistance et d’humanité.
Un événement solidaire pour panser les blessures
Le parc Expobat, généralement connu pour ses foires et expositions, s’est transformé en un temple de compassion et de générosité. Dès l’entrée, une première vision donnait le ton : des stands animés par des bénévoles, des cagnottes ouvertes pour recueillir des fonds, et surtout des visages lumineux, porteurs d’un mélange de détermination et d’espoir.
Les artistes locaux se sont mobilisés pour apporter leur talent à cette noble cause. De jeunes groupes, mais aussi des figures emblématiques de la culture réunionnaise, se sont succédé sur scène. Imaginez des chants maloya qui résonnent comme une prière, des morceaux de séga qui rappellent le lien indéfectible entre les peuples de l’océan Indien. Chaque performance semblait dire : “Nous sommes là pour vous, Mayotte.”
L’événement n’a pas seulement touché par son aspect artistique : il a également mis en lumière des témoignages poignants. Une intervenante venue tout droit de Mayotte a pris la parole, racontant avec des mots bouleversants les ravages laissés par le cyclone : des écoles éventrées, des familles contraintes de tout reconstruire avec si peu. Ses paroles ont arraché des larmes à certains, mais surtout, elles ont suscité une envie inébranlable d’agir. Et c’est là toute la force du kabar : il ne se contente pas d’émouvoir, il pousse à agir.
Sur place, les dons ont afflué. Aliments non périssables, vêtements, produits d’hygiène, beaucoup de participants sont venus les bras chargés. Quant à ceux qui ne pouvaient pas contribuer matériellement, ils ont trouvé d'autres moyens : signer des pétitions, partager des messages de soutien sur les réseaux sociaux, ou simplement partager ce moment avec leur communauté.
Au-delà du cyclone : un lien qui transcende les îles
Ce kabar n’est pas qu’un événement isolé, c’est une preuve vivante que les frontières entre les îles peuvent s’effacer, du moins dans les cœurs. Car si Mayotte a subi la colère de Chido, le souvenir des cyclones Batsirai ou Dumazile dans les mémoires réunionnaises n’est pas lointain. Nous savons tous ce que signifie reconstruire après une tempête, réconforter des proches, raviver l’espoir. Ces épreuves, aussi dures soient-elles, rappellent à quel point les îles de la région sont interdépendantes, prêtes à s’épauler.
Il y a aussi une forme d’humilité à tirer de cet élan collectif. Oui, nos îles sont sublimes, mais elles sont aussi fragiles face à la nature, touchées par des défis écologiques, économiques et sociaux. Quand la musique cesse, que reste-t-il ? L’essentiel : les liens humains, ceux qui nous rappellent que nous sommes plus forts ensemble.
Alors, pensez-y : après une telle mobilisation à Saint-Paul, comment chacun de nous peut-il intégrer cette solidarité dans son quotidien ? Peut-être qu’aider ne se limite pas à déposer un don aujourd’hui, mais à préserver cette énergie dans le temps, à éduquer nos enfants sur ces valeurs, ou encore à être vigilants face aux besoins de nos voisins.
Le kabar de Saint-Paul, sous ses chants et tambours, nous a offert une leçon simple : la beauté ne réside pas seulement dans les paysages de nos îles, mais dans les cœurs qui battent pour les autres. Ensemble, Mayotte et La Réunion vibrent au diapason de l’humanité. Soyons cette main tendue, ce pont entre les rives, à chaque fois que la tempête menace nos horizons.

