Un appel à la solidarité : dépasser les clivages, unir les forces
La Réunion et Mayotte, ces deux îles sœurs de l’océan Indien, partagent bien plus qu’une proximité géographique. Elles sont les témoins d’histoires entremêlées, de défis communs, et aujourd’hui, d’une nécessité impérieuse : celle de l’unité des travailleurs. Le syndicat CGTR, en lançant un vibrant appel à la solidarité avec Mayotte, met en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer.
Mais que signifie réellement "solidarité" lorsqu'on en parle dans le cadre de Mayotte ? Cela va bien au-delà d’un simple mot. C’est une invitation à briser les murs invisibles, ceux qui opposent parfois Mahorais et immigrés, travailleurs et demandeurs d’asile, territoires ultramarins et métropole. Et si cette fracture ne cesse de s’élargir, c’est à nous, citoyens engagés, de combler cet abîme. Revenons un instant sur ce qui est en jeu.
Une île en crise : comprendre pour mieux agir
Mayotte, joyau de l’archipel des Comores sous le drapeau français, est aujourd’hui confrontée à des défis économiques et sociaux monstrueux. Le chômage y est endémique, les logements indécents fleurissent, et l’accès aux services de base reste un privilège pour beaucoup. À cela s’ajoute une migration massive et incontrôlée, mettant sous tension une société déjà fragile.
Prenons l’exemple d’un ouvrier mahorais. Il jongle entre un salaire insuffisant pour nourrir sa famille et une inflation galopante. À côté de lui, un autre travailleur, un immigré venu chercher un avenir meilleur – souvent au péril de sa vie –, lutte pour survivre. Et pourtant, au lieu de s’entraider, ces deux hommes, accablés par les mêmes injustices, se regardent parfois comme des adversaires.
C’est là que réside le paradoxe : diviser pour mieux ignorer les vraies causes de la souffrance. En opposant les uns aux autres, on entretient une illusion de rivalité, alors même qu’ils devraient marcher côte à côte pour revendiquer des droits fondamentaux. Imaginez une palissade entre deux jardins : d’un côté, un arbre flétri faute d’eau ; de l’autre, un puits asséché. N’aurait-il pas été plus sage de démolir cette barrière, pour que l’arbre et le puits se complètent ?
Solidarité et unité : les clés d’un avenir meilleur
C’est précisément ce rappel à l’ordre qu’adresse la CGTR à La Réunion et à Mayotte. Les travailleurs d’ici et d’ailleurs partagent un même combat, celui d’un avenir plus stable, plus juste. Les Mahorais ne sont pas des ennemis des migrants ; ils sont leurs miroirs, reflétant les conséquences de politiques inégalitaires et souvent déconnectées des réalités locales.
La solidarité ne doit pas rester une idée abstraite : elle peut (et doit) s’incarner dans des actions concrètes. Pourquoi ne pas envisager des partenariats entre syndicats des deux îles pour plaider ensemble pour une meilleure politique de logement ou une revalorisation des salaires ? Pourquoi ne pas investir dans des projets favorisant la formation commune, capables de répondre à la pénurie de compétences et de redonner espoir à une jeunesse trop souvent oubliée ? Chaque rencontre, chaque collaboration entre travailleurs des deux territoires peut devenir une pierre posée pour construire ce pont si nécessaire.
En définitive, il faut sortir de ce réflexe de la division, qu’elle soit d’ordre ethnique, social ou géographique. Le vrai ennemi n’est pas le voisin, mais les inégalités qui gangrènent nos sociétés. Et à tous ceux qui disent qu’une telle unité est utopique, rappelons que l’histoire est pleine d’exemples où la force collective a renversé des montagnes.
La voix du CGTR résonne comme un appel à l’espoir, mais aussi comme un défi. Il ne s’agit pas de compatir sans agir, ni de regarder passer le train des revendications sociales depuis le quai de l’indifférence. Rassemblons nos forces, dynamitons les divisions, et bâtissons ensemble un avenir où travailleurs et familles, qu’ils soient Maorais, réunionnais ou venus d’ailleurs, marcheront les mains unies. Ensemble, nous pouvons non seulement rêver grand, mais aussi agir juste. Les océans séparent nos îles, mais ils ne peuvent briser notre humanité commune. Mobilisons-nous.

