Le Port, épicentre international d’un art martial français
Sous les tropiques, à des milliers de kilomètres du Vieux Continent, un club réunionnais s’est hissé au sommet d’une discipline encore méconnue pour beaucoup : la Canne de Combat. Il ne s’agit ni d’un sport d'auto-défense classique ni d’un simple art traditionnel. C’est un héritage martial français qui mêle rigueur, esthétisme et stratégie, à cheval entre la voltige de l’escrime et la puissance du combat rapproché. Et c’est précisément dans cette élégance armée que les talents du club Port Canne de Combat se sont fait remarquer sur la scène mondiale.
Lors de la récente compétition internationale en ligne Savate Plus 2025, organisée par la Fédération Internationale de Savate, deux duos venus du Port ont brillé parmi les meilleurs. Nolan Macarty et Bilkis Calichiama ont décroché la première place, tandis que Ronny Mercier et Mathieu Leblé ont fièrement conquis la troisième. Ces noms résonnent désormais bien au-delà de notre île. On les murmurera peut-être demain dans les cercles fermés d’experts en arts martiaux, comme on cite aujourd’hui Nadal sur un court ou Mbappé sur un terrain.
Mais plus qu’un simple palmarès, ces résultats révèlent la montée en puissance du sport réunionnais, qui, grâce à la passion et au travail minutieux de ses pratiquants, s’accorde une reconnaissance mondiale.
Derrière les médailles, des heures d'entraînement et une passion invisible
Ce que les podiums numériques ne montrent pas, ce sont les heures silencieuses passées à s’entraîner alors que le reste du monde dort encore. La Canne de Combat, contrairement à ce que son nom pourrait laisser entendre, n’est pas une promenade de santé. C’est une discipline qui demande une maîtrise sans faille du corps et de l’esprit, une symbiose presque chorégraphique entre le geste et l’intention.
Imaginez une danse sophistiquée. Une canne – légère, en bois, mais redoutable – vibre à grande vitesse dans l’air, accompagnée d’un pas glissé, d’un saut tournoyant ou d’un déplacement tactique. À chaque coup porté correspondent des règles précises, codifiées, comme dans une partition musicale. Si le geste est trop brutal, hors tempo, il perd sa valeur. Si l’attaque est prévisible, elle trouvera la parade. Les Réunionnais ont appris à jouer cette musique avec brio.
Ce sont aussi leurs conditions d’entraînement qui forcent l’admiration. Entre humidité, chaleur, et un terrain souvent improvisé, les moyens des clubs locaux n’ont rien à voir avec ceux dont disposent leurs homologues métropolitains. Mais c’est dans l’adversité que naissent les plus élégants guerriers. Il faut imaginer ces jeunes gens, souvent bénévoles, jonglant entre études et travail, revenant à la salle pour perfectionner une feinte ou un saut difficilement acquis. Ils ne rêvaient pas simplement de médailles, ils rêvaient de maîtrise.
Une victoire qui dépasse le sport : un message pour La Réunion
Ce que viennent de réaliser Nolan, Bilkis, Ronny et Mathieu va au-delà des tatamis et des trophées. Ils nous rappellent avec force qu’un sport considéré comme “en marge” peut porter haut les couleurs de notre île. Que le succès ne vient pas uniquement là où les regards sont déjà tournés, mais là où la passion illumine l’ombre.
Et si la Canne de Combat pouvait symboliser quelque chose de plus grand ? Un message que chaque jeune réunionnais, parfois découragé par l’éloignement ou un manque de perspectives, pourrait entendre. Une forme de résistance poétique. Une manière de dire : "même loin du centre, on peut rayonner et se faire entendre."
Le Port, souvent décrit à tort comme territoire de tensions, prouve aujourd’hui qu’il est aussi un vivier de créativité, de rigueur et d’excellence. Peut-on rêver mieux que ces athlètes maniant la canne, non comme un outil de confrontation, mais comme une prolongation de soi, un art de vivre et un pont entre culture créole et héritage français ?
Alors oui, il est temps que La Réunion regarde davantage vers ses propres héros. Non pas ceux qui se contentent de gagner, mais ceux qui transforment un simple sport en projet de vie. Ceux qui, dans la sueur des salles modestes, façonnent une fierté discrète mais puissante.
Ces médailles sont les reflets d’un combat silencieux, persévérant, tenace. Elles ne récompensent pas seulement les plus rapides ou les plus habiles. Elles célèbrent l’audace, la constance, et l’art de croire en soi quand personne ne regarde. Le club Port Canne de Combat ne vient pas de monter sur un podium : il vient de montrer à toute La Réunion ce que peut la lumière d’un engagement profond.

